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8 juillet 2011 5 08 /07 /juillet /2011 00:34

 


Accomplie.

C’est ce que cette naissance me laisse comme impression.

 

On me demande beaucoup ces temps-ci si la naissance de Jul à la maison était impromptue ou organisée. Elle a été les 2. Mais surtout, le fruit d’un cheminement, qui ne prend son sens qu’en considération des naissances précédentes.


 

LOLA, le bébé d’amour.

Lola est un bébé d’amour. Jeune petit couple amoureux, avec ses hauts et ses bas mais surtout un été inoubliable, notre vraie lune de miel, des vacances toutes simples qui nous ont rapprochés. Notre petite fleur est née de cette fusion. Quel bonheur d’apprendre qu’elle avait fait son petit nid en nous.

Un peu ingénue je vais faire confirmer la grossesse chez un gynécologue de ville, un  monsieur pas très clair avec un tas de gestes déplacés. Peu importe, il y a un petit cœur qui bat, et puis j’irai me faire suivre en maternité. Difficile de choisir une maternité d’ailleurs. Il faut se dépêcher si on veut une « place ». Je me fais rembarrer à Lariboisière car ce n’est pas le bon jour. Je suis finalement les conseils d’une copine et m’inscrit aux « Bluets », dans le 11eme, bénéficiant d’une place qui se « libère » (fausse-couche ?).

Lors du « suivi » de grossesse je ne vois JAMAIS la même personne, ni à l’entretien d’accueil, ni aux préparations, ni aux consultations. Tout cela est bien impersonnel mais ça ne me gène pas. En fait je ne sais pas bien à quoi m’attendre pour l’accouchement, je me dis que si la maternité a bonne réputation, on m’expliquera tout au bon moment, et puis de toute façon il y a la péridurale qui résoudra tout et grace à laquelle je ne souffrirai pas. Ha ha ha.

Et à la maison, nous couvons ce petit être qui grandit. Papa lui parle et la caresse tous les soirs, elle le suit dans ses mouvements, réagit à nos voix. Le prénom s’impose très vite…

 

Lola est prévue pour le 14 mai. Vers le 8, je ressens les premières vraies contractions. Mais trop espacées pour être du vrai travail. Cela fait bien rire des copains en visite, on plaisante sur le fait que je vais accoucher dans la rue. Ces contractions se poursuivent le lendemain. Puis plus rien pendant 2 jours. Le temps commence à me sembler bien long, j’ai hâte de tenir Lola dans mes bras. On m’a avertie que ce serait un petit bébé, tant mieux, je ne suis pas bien grande ni épaisse moi-même.

 

Le 12 mai à 6 heures du matin, réveillée par une contraction assez forte. Puis elles se font plus régulières : toutes les 20 minutes. Je passe la matinée à tout ranger, tout organiser, entre 2 contractions. Elles se rapprochent, je prends une douche. Puis une autre. Je perds un peu de sang. On m’a dit d’attendre que les contractions soient espacées de 5 minutes pendant une heure pour me rendre à la maternité. Cela s’intensifie dans la journée mais avec l’aide de Mickey, c’est carrément supportable. Il me soutient sous les bras pour me soulager le dos. Passe un petit coup de fil aux sages-femmes de garde pour savoir quoi faire. Elles nous conseillent de rester encore à la maison. Je reprends une douche, je marche, j’espère que le travail est bien amorcé.

Vers 15 heures nous décidons d’y aller.

Arrivés là-bas, il faut monter 4 étages puis sonner à une porte et attendre que la sage-femme vienne nous ouvrir. Les contractions sont vraiment puissantes et rapprochées, c’est dur. Il faut justifier notre présence, décliner notre identité, pour récupérer notre dossier. Tout cela est très perturbant. Puis on me met dans une salle de « travail », avec 2 monitorings ceinturés au ventre, reliés à des machines qui clignotent et font bip bip. Allongée sur un lit moyennement confortable. Nous avons les yeux rivés sur l’écran qui annonce les prochaines contractions. Qui du coup sont vachement plus douloureuses vu que je ne bouge plus. J’attends la douleur sans l’accepter. Ce qui était facile et gérable à la maison devient insupportable. Mickey devient inactif. Alors il commente le monitoring, l’espacement des contractions, leur intensité, ça ne m’aide pas franchement.

La sage-femme (encore une nouvelle tête) vient constater qu’effectivement je suis bien en travail, elle me propose le bain. Je ne pourrai plus l’avoir avec une péridurale, alors allons-y maintenant. A peine dedans j’ai envie de sortir, mais je n’ose pas, elle a été si gentille de me le faire couler. J’y reste donc une heure avec encore un monitoring water-proof qui gratte.

Quand j’en sors je réclame la péridurale, ça ne sert à rien d’avoir aussi mal !

 

A partir de là ça devient infernal : pose de perfusion, il ne faut pas bouger. Allongée sur le lit, une nouvelle contraction très puissante me vrille le corps, la poche des eaux explose littéralement. Le jet traverse le pantalon et va éclabousser jusqu’au mur en face. Impressionnant. La sage-femme est contente, la péri peut être posée désormais puisque le travail est vraiment en route (avant, c’était une balade de santé !)

 

Piqure anesthésiante dans le dos, il ne faut pas bouger, pose de la péridurale, il ne faut pas bouger. Carrément insupportable. Une infirmière adorable, très maternante, m’aide beaucoup dans ces étapes. Mais je n’en peux plus.

 

Une élève auxiliaire de puer passe par là et me confie son désir d’enfant, elle aussi. Je lui dis que non, c’est une erreur. Accoucher, c’est l’horreur.

C’est le défilé dans la salle. Sages-femmes, infirmières, élève auxiliaire, élève sage-femme, anesthésiste… Et puis c’est la relève, nouvelles têtes. La nouvelle sage-femme est moyennement sympathique. Elle ne me croit pas quand je lui dis que la péridurale fait très peu effet.

La douleur devient d’autant plus insupportable que je ne la comprends pas. La péridurale ne devrait-elle pas tout résoudre ? J’ai l’impression d’être écartelée de l’intérieur. Je me vois mourir. Deux semaines après encore je n’en reviendrais pas d’être encore en vie.

Mes cris énervent la sage-femme. Je fais clairement du cinéma à ses yeux.

Le nouvel anesthésiste m’injecte une nouvelle dose. Mais il est déjà temps de pousser… Elle sort très vite, elle est si petite…

Une image se grave dans ma mémoire : son petit visage avec des yeux de poisson tout étonnés qui clignotent.

On me la pose sur le ventre, je suis épuisée. Elle glisse, je n’arrive pas à la tenir, je n’ai plus la force. Je demande à Mickey de la prendre. Ce premier contact raté me fait aujourd’hui encore culpabiliser.

 

La suite est une longue boucherie, selon les mots de Mickey : une petite déchirure du périnée que la sage-femme tente de recoudre pendant une heure, en s’y reprenant et reprenant et reprenant… Son énervement ne lui permet pas d’en venir à bout. En désespoir de cause elle appelle l’obstétricienne de garde pour refermer cela… Mais comment ? Cette déchirure m’a empoisonné pendant des mois. Un œdème de la taille d’un œuf pendant 2 semaines puis une douleur lancinante que les « professionnels » ont niée. C’était psychologique. Bien sûr. J’ai appris plus tard que ce type de déchirure guérissait mieux si on la laissait tranquille, avec quelques soins locaux (argile…).

 

Lola était un tout petit bébé, 2kg310 à terme. Je suis petite, Mickey est très menu… L’inverse aurait été surprenant !!!

Là où je ne me posais aucune question on m’en a posé un tas… L’équipe avait pourtant mon dossier mais a réitéré les questions : drogue ? Alcool ? Antécédents ? D’une première chambre on me déménage à une autre pour être plus proche de la nursery en raison de ce petit poids.

Chambre partagée avec une maman ayant eu des jumeaux… On me réveille la nuit pour allaiter Lola, pourtant je dors elle dort et ne veut pas téter à cette heure…Une infirmière de nuit me donne un biberon que je n’ose pas refuser… Initiative ensuite décriée par l’équipe de jour. Le matin branle bas de combat dès 7 heures pour changer les draps, les repas sont pris à heure fixe sous peine de manger froid : les siestes sont toutes interrompues. Je dois renseigner un planning avec heure et durée des tétées, je réponds au hasard, trop épuisée pour m’en souvenir. La voisine a une famille nombreuse qui vient en visite groupée et exponentielle. Le reste du temps elle téléphone fort.

Impossible de récupérer dans ces conditions mais on ne veut pas me laisser partir tant que Lola n’a pas pris suffisamment de poids. Mickey me manque, le voir 3 heures par jour dans ces conditions est très frustrant. Mon œdème m’empoisonne et me fait souffrir. Je craque, je pleure. Une sage femme alertée par mon baby blues me conseille de rester plus longtemps pour me reposer alors que je ne souhaite que rentrer. Non ! Le serpent se mord la queue…

 

Finalement rentrée au bout de 8 jours, tout s’est remis en place et j’ai enfin pu profiter pleinement de ma petite fleur de printemps avec mon amoureux. Calmement et paisiblement à la maison.

 

Pourquoi cette naissance normale et non pathologique a-t-elle été si compliquée ????????

Ma première réaction a été : PLUS JAMAIS CELA. Tout d’abord traduite par plus jamais d’accouchement.

En fait c’est « Plus jamais comme cela …»

 

 

MANUEL, le bébé-désiré.

 

Un an plus tard, je désire un deuxième enfant, Mickey aurait souhaité attendre un peu… Je tarde légèrement à tomber enceinte. Je ne pense qu’à ça ce qui n’aide sans doute pas.  

Première fausse couche, assez traumatisante : hémorragie, hospitalisation et curetage, vacances gâchées pour la famille et pour moi.

Le mois suivant mon petit frère a un grave accident de voiture. Nous ne savons pas s’il va y rester puis s’il remarchera un jour. Dur. (Il va très bien aujourd’hui)

Je retombe enceinte sans m’en apercevoir (j’ai des « règles anniversaire » sans doute parce que je les surveille trop…), quelle ironie !

Nous sommes finalement très heureux d’apprendre cette grossesse très désirée. Mais je cristallise toutes mes craintes et angoisses dessus. J’ai toujours peur que cet enfant soit mort. Je fais des rêves morbides. Le vide laissé par ma sœur ainée décédée à 3 mois et demi, Emmanuelle, refait inconsciemment surface (ce qui n’avait pas du tout été le cas lorsque j’attendais Lola).

 

Par rapport à l’accouchement, je lis beaucoup, je me révolte lors des séances de préparation où je ne reconnais pas mon expérience et où j’ai l’impression que les primipares sont manipulées.

J’entends parler de l’accouchement à domicile. Lors d’une soirée, une gynécologue balaie cette idée en termes très peu flatteurs et me raconte d’horribles histoires de pathologies inattendues. Personne n’ayant vécu cette expérience dans mon entourage, je n’y pense donc plus.

J’accoucherai encore aux Bluets, seule maternité accessible ne ressemblant pas trop à une « usine à bébés ».

 

Une sage-femme perspicace m’oriente vers la psychologue de la maternité. Le peu de séances m’aide beaucoup à comprendre et verbaliser mes angoisses. La fin de grossesse est plus sereine.

 

Comme Lola, Manu attend le dernier moment pour arriver. Les premières contractions arrivent vers 16h alors que nous jouons dehors. Nous restons un peu dans ce jardin puis rentrons vers 17h puisque cela continue doucement.

Comme pour la grande, je fais la plus grande partie du travail à la maison, jusque minuit où Mickey me conduit à la maternité.

Une fois sur place, le classique protocole interrogatoire et monitoring se met en route, ce qui ne m’aide pas à rendre les contractions efficaces. Mais la présence de Mélanie, une sage-femme particulièrement rassurante, aimable, efficace, bienveillante, m’aide à surmonter mes angoisses. Elle évite au maximum tout geste ou toute parole intrusive, me propose toutes les solutions possibles pour me soulager et être active. Surtout, elle ne me prend pas pour une demeurée et me fait confiance. Elle est dans l’écoute et l’observation, elle prend en compte le récit de mon premier accouchement.

Mélanie restera jusqu’à la fin, malgré la relève de garde du matin, ce qui en dit long sur sa conscience professionnelle et la relation qui s’est établie entre nous.

 

Très fatiguée, je demande la péridurale vers 4 heures du matin. Mélanie sait que cela ne m’aidera pas forcément, essaie un peu de me faire attendre, mais j’ai tellement peur de revivre les souffrances de la première fois. Je veux une péridurale qui fonctionne. Pourtant je supporte beaucoup mieux la douleur car je la comprends. Elle ne me tombe pas dessus par surprise. Cela je le comprendrais plus tard…

 

Tout comme pour Lola, c’est après la pose de la perfusion que je romps la poche des eaux. La péridurale est finalement posée vers 6h00, dosée juste comme il faut. Elle me permet de dormir une heure avant de s’estomper partiellement. A peine réveillée, c’est le moment de faire sortir ce beau bébé, à 7h14 exactement. Mélanie me fait adopter une position physiologique, sur le côté, inconnue de l’anesthésiste pourtant expérimentée, très contente d’assister à cette naissance.

 

« Mon trésor » sont les premiers mots que je dis à ce petit garçon que nous ne savons toujours pas comment nommer. Il fait 3kg450. Un gros bébé pour moi. Il a sans doute perçu mes craintes de refaire un « bébé de petit poids ». Très vite il pleure. Beaucoup. Il est très demandeur. Ce n’est vraiment pas une petite chose fragile. Il s’impose, il est là, bien vivant. Nous décidons le lendemain : ce sera Manuel. Malgré ma sœur, mais peut-être pour combler ce vide. Quel joli prénom.

 

Tout va bien, aucune raison donc de rester à l’hôpital plus que nécessaire, je sors le 3eme jour avec soulagement. J’apprendrais plus tard qu’il est possible de rentrer aussi tôt qu’on le souhaite.

 

Aujourd’hui, Manu est un petit gaillard bien solide, jamais malade, en excellente santé, qui croque la vie. C’est également un enfant très facile, apprécié de tous pour sa bonne humeur et son engouement. Je suis persuadée qu’il n’y a pas de hasard.

 

 

 

JUL – le bébé plénitude

 

Nous sommes désormais une vraie famille, 2 enfants charmants, pleins de vie et de personnalité. Pourtant nous sentons bien que nous ne sommes pas tout à fait au complet… La fatigue des premières années est passée, nous habitons désormais une vaste et belle maison, un paradis pour les enfants. Nous décidons d’arrêter la contraception, advienne ce qui adviendra.

 

Juin 2009 - Je tombe enceinte 3 semaines après le retrait du stérilet. Quelle efficacité ! Les nausées épouvantables que je n’avais pas eues pour les 2 premiers se font immédiatement sentir, l’été est dur à passer. Et tout ça pour rien… l’embryon cesse de se développer au bout de 8 semaines d’aménorrhée. Le gynécologue me donne des cachets provoquant des contractions pour m’aider à l’évacuer. S’ensuit une nuit épouvantable à me vider douloureusement. La semaine suivante l’échographie de contrôle indique que cela n’a pas du tout été efficace puisque le placenta est resté accroché à la paroi utérine. Je suis opérée le lendemain : anesthésie générale, curetage… Ce n’est pas tant la perte de cet embryon que cette hospitalisation forcée qui me mine. Je suis au boulot le surlendemain, pas d’arrêt de travail concédé pour ces broutilles.

 

Janvier 2010 - 4 mois après, nouvelle hospitalisation pour une forme rare de grossesse extra-utérine. Cette fois j’ai bien failli y passer. J’ai droit à une semaine d’arrêt malgré une grosse opération et une belle anémie (perdu quasiment 2 litres de sang…).

Après cela on m’impose une nouvelle contraception hormonale. Le gynécologue n’a pas confiance en les préservatifs. Il ne m’entend pas lui dire que trop c’est trop, que je ne souhaite plus ces hormones. Mais à court d’arguments et face à l’autorité médicale, je me soumets.

 

Juillet 2010 - Après 6 mois, le gynécologue me donne le feu vert pour arrêter la contraception, à condition d’être très surveillée. Je retombe enceinte immédiatement. L’embryon est vaillant et se développe parfaitement. Passées les premières semaines de contrôles et confirmations de sa vivacité bien placée, nous pouvons enfin nous permettre de nous projeter. Nous sommes  de toute façon très sereins. Et je sais que cet enfant à venir va bien. Les échographies mensuelles n’en sont que l’attestation…

Nous pouvons envisager cette naissance.

 

Depuis Manuel, 4 copines et amies ont fait le choix d’accoucher dans leur foyer : Eugénie, Angèle, Céline et Noëlle. C’est avec beaucoup d’émotions que j’ai lu ou écouté leurs récits et admiré la plénitude que cela leur a apporté. L’aura de bonheur et de grâce que cette naissance a ajoutée à leurs familles.

 

Céline me prête 2 livres sur l’accouchement respecté et les naissances à domicile que je lis consciencieusement, un peu chaque jour. Ces lectures me décident à contacter une sage-femme qui accepte d’accompagner les futurs parents ayant fait ce choix.

Nous rencontrons Alexandra une première fois en novembre pour un entretien où beaucoup de larmes coulent. Elle nous fait parler énormément, raconter nos expériences et ressentis des naissances de Lola et Manuel. Elle nous questionne aussi sur nous, puis nous raconte son expérience de sage-femme, pourquoi elle a fait ce choix. Je continue de me renseigner abondamment sur la physiologie de l’accouchement, les processus hormonaux, les influences culturelles et environnementales.

A ce moment nous ne sommes pourtant pas encore totalement décidés.

 

Décembre 2010 -  J’ai la confirmation d’une maladie de peau sur le visage. Ce n’est pas grave, et même assez courant. Mais le mot « cancer » est lâché avec tout l’imaginaire et l’angoisse qu’il implique. De toute façon il faut opérer vite avant qu’il ne fasse trop de dégâts. Nouvelle hospitalisation… Je n’en peux plus.

 

Alors vraiment, vraiment, vraiment, je ne veux pas être hospitalisée pour la naissance de ce bébé. L’hôpital, c’est pour sauver des vies, c’est quand on est très malade ou très blessé. Je vais bien. Notre enfant va bien. Il ne naîtra pas dans ce cadre que j’associe désormais à des événements désagréables et malheureux, où parfois les actes médicaux s’enchaînent et créent de la pathologie là où il n’y avait pas lieu d’en avoir. J’ai besoin de m’entourer de gens en qui j’ai confiance, que je connais. J’ai besoin d’un cocon.

 

Mickey adhère complètement à ce choix. Lui même lors de sa formation a dû assister à des accouchements non-respectés. Où l’usage des ciseaux était courant. Où les femmes hurlantes étaient prises pour des simulatrices. Où d’autres attendaient dans le couloir la douleur et l’angoisse qu’une salle se libère. Il n’a pas gardé un excellent souvenir de la naissance de Lola qu’il qualifie facilement de « boucherie ». En revanche il sait depuis Manuel que la bonne personne peut faire la différence. Non, nous ne souhaitons pas prendre le risque de tomber sur une sage-femme inconnue, fatiguée ou débordée ce jour là, avec qui ça ne « passera pas ».

Sa seule réserve est sur le risque que la sage-femme n’arrive pas à temps. Elle le rassure sur les gestes à effectuer au cas où, ce n’est pas si compliqué finalement…

 

Les entretiens de préparation nous aiguillent et nous permettent de comprendre, de visualiser le processus de l’accouchement. Nous nous projetons. Ce sera dans la salle de bains, au cœur de notre maison, véritable pièce vaste et lumineuse, que naîtra notre enfant.

 

Le terme approche. Je n’ai aucune contre-indication médicale à un accouchement physiologique à domicile. Céline organise une réunion de mamans ayant déjà fait ce choix afin de me rassurer. Une grande conversation téléphonique avec Eugénie calme mes dernières angoisses. Il est temps : 9 mois de vomissements, de mal de dos, de symptômes aussi divers que désagréables achèvent mon enthousiasme de porter un enfant probablement pour la dernière fois.

 

27 avril 2011 - Réveil vers 3 heures du matin : j’ai fait comme un petit pipi au lit suite à une petite contraction… Je ne m’inquiète pas outre mesure car les fins de grossesse ne favorisent pas la continence. Je ne pense pas à la poche des eaux car pour Manu et Lola elle avait littéralement explosé. Il devait s’agir en réalité d’une fissure.

Toute la journée le liquide s’écoulera légèrement, mais rien qui ne m’empêche de m’activer. C’est mercredi, je m’occupe des enfants, vais faire mon marché. Les contractions ne sont vraiment pas significatives, trop éloignées les unes des autres, trop peu douloureuses pour être prises au sérieux.

Pourtant vers 17h30 je préfère appeler Natali, mon amie-voisine, pour qu’elle me prenne du pain au passage, je ne me sens pas de retourner en ville avec les enfants et tout. J’appelle Alexandra pour la tenir au courant de mon petit écoulement et avoir son avis, c’est son répondeur je laisse un message. Puis enfin Mickey, qui termine tard ce jour là, pour lui dire que c’est peut-être bientôt. Sitôt ces trois appels passés et le téléphone posé, je ressens des vraies bonnes contractions. Toutes les 5 minutes, direct.

 

Pourtant je reste encore très sceptique, ce n’est pas à moi qu’un accouchement rapide arrivera. Ha ha ha.

Natali arrive avec le pain vers 18h00 et me trouve assise sur le ballon entrain de faire faire ses maths à Lola entre 2 contractions tout en préparant le dîner. Elle décide de rester malgré mes protestations et m’enjoint de rappeler Mickey. Lequel part aussitôt sur les injonctions de ses collègues.

Alexandra me rappelle, elle vient de finir les derniers soins d’une maman ayant accouché en début d’après-midi. « Dis-donc, elles ont l’air fortes et rapprochées tes contractions… ? ». Je la rassure, les autres ont mis 15 heures à arriver, je ne vois rien venir avant demain matin. Elle peut bien rentrer dîner chez elle et nous aviserons ensuite.

Natali prend les choses en mains et me dit de ne pas attendre pour aller prendre ce bain dont je parle. Je me laisse persuader et m’enferme dans la salle de bains. Seule, les contractions se rapprochent encore et deviennent de plus en plus puissantes. Je m’enferme dans une bulle. Le bain me fait du bien mais il est difficile de trouver une position vraiment agréable dans cette baignoire un peu étroite.

Natali panique un peu, elle vient toutes les 10 minutes me demander comment je vais derrière la porte. Elle compte à rebours : « Mickey arrive dans 30 minutes » « Mickey sera là dans 20 minutes ne t’inquiète pas » « Mickey est bientôt là, plus que 10 minutes »… Je pense que je ne veux plus rien entendre et surtout pas savoir quelle heure il est… je suis à mille lieues de ces considérations… mais pourquoi s’inquiète-t-elle d’abord ?

 

Mickey arrive à 19h40, trouve la porte de la salle de bains fermée de l’intérieur.

«- Marie, ça va ? Ouvre-moi ! Ca va ? 

- Mmmmmmmmmm»

Je suis sur le ballon au milieu d’une contraction, impossible de parler ni d’ouvrir… Il envisage une seconde de défoncer la porte avant que je ne déverrouille.

Je suis complètement assommée, à moitié endormie sur le lavabo, assise sur le ballon.

Mickey prend les choses en main, Natali emmène Manu et Lola chez elle (trop contents "wééééééééééééé on va dormir chez les copains !!!!")

Il rappelle Alexandra

« - Elle demande si tu arrives à situer, par rapport à Manu, dans combien de temps le bébé sera là

-         Mmmmmmmmmmmm (râle) chaaais paaaaaas (râle)

-         ………Elle arrive. »

 

Je continue à envisager ce qui est désormais inéluctable avec incrédulité. Persuadée qu’Alexandra va arriver trop tôt, pour rien. Persuadée que l’issue est encore loin. Que mon col que j’examine moi-même est à peine ouvert (à noter dans un coin : me rappeler que je suis nulle et incompétente comme examinatrice de col)

Pourtant les contractions sont désormais quasiment ininterrompues. Une véritable lame de fond qui m’emporte. La douleur est puissante mais absolument pas insupportable. Je l’accepte et l’accueille. Rien à voir avec l’incompréhension panique de celle ressentie lors de la naissance de Lola ou lors de ma grossesse extra-utérine.

 

Mickey installe rapidement le matelas, l’alèse et un drap dans la salle de bains.

« - Naaaaan (râle) pas ce drap il est trop petit (râle) »

Chiante jusqu’au bout, ça je peux.

Mickey descend également le toilette sec. Pratique… D’autant plus que j’ai une sacrée envie qui me prend soudainement.

«  - J’ai besoin (râle) d’aller aux toilettes (râle)»

Mickey m’aide à me lever du ballon… Je sens un PLOP là en bas. Comme lorsque la poche des eaux avait cédé pour les autres. Mais ce n’est pas mouillé. C’est le bébé qui a passé le bassin d’un seul coup.

Assise sur le toilette, je touche et sens une grosse boule, là sous mes doigts, déjà, que j’ai terriblement envie de pousser, que je pousse, c’est incontrôlable.

« - Y’a une boule, lààààààà (râle) mmmmmm (pousse)

-         Tu peux pas rester sur les toilettes !

-         Ca brûle !

-         Tu peux pas rester là !

-         Je peux pas bougeeeeer (râle) (pousse)

-         Siiiiiii tu vas venir sur le matelas

-         Naaaaan (râle) (pousse)

-         Siiiiiiii tu viens, il ne va pas tomber dans les toilettes !!!

-         Peux paaaaaaas (râle) (pousse)

-         Je te porte, tiens-moi.

-         Naaaaaan (râle) (pousse) »

 

Mickey me soulève (un véritable exploit car je suis loin des 48 kilos d’avant-grossesse) et me dépose sur le matelas.

A ce moment Alexandra qui n’est plus très loin rappelle pour savoir où j’en suis. Mickey, comme à son habitude, est très courtois au téléphone, prend le temps des explications et des formules de politesse… « Oui, le travail est bien avancé, d’ailleurs elle est entrain de pousser et je vois la tête, tu arrives bientôt ? Très bien à tout de suite alors, fais attention sur la route et sinon comment va …. »

« - Raaaaaaaccrrrroooooooche !!!! (Criiiiii) »

 

Le bébé sort déjà, je suis dans la même position que pour Manuel, c’est-à-dire allongée sur le côté, le mollet sur l’épaule de Mickey accroupi devant moi. Il voit son visage et ses yeux fermés. Il me fait pousser, peut-être plus vite et plus fort qu’il ne faudrait… Je sens et je pousse ce petit corps qui glisse de moi, une première fois pour la tête puis une deuxième fois pour le corps. Mickey l’accueille et le pose immédiatement sur mon ventre avant de nous couvrir.

 

« C’est incroyable tu es déjà là » sont les premiers mots que je dis au bébé.

 

Moment magique, intime, que l’on ne pourra jamais nous voler. Dix minutes de calme, de paix, rien d’autre que nous trois, dans la lumière tamisée et colorée de la salle de bains. Puis « Alors… c’est une fille ou un garçon ? » Mickey soulève le peignoir pour vérifier « C’est un garçon… »

 

Jul est né à 21h02, heure de notre pendule de baignoire qui avance de 5 minutes au demeurant. 

 

Alexandra arrivera une vingtaine de minutes après, se faisant très discrète, vérifiant ma santé et celle du bébé avec le minimum de gestes. C’est un petit bébé finalement… la machine à échographie avait évalué un poids à terme de 3kg600.

Au bout d’une heure (déjà ???) Mickey prend le bébé pour que je puisse faire sortir le placenta, qui tombe tout seul à peine accroupie. Je prends ensuite une douche fraîche avec délectation…

Alexandra pèse Jul dans un pèse bébé suspendu, emmitouflé dans une couverture … 2kg700.

 

Nous avons terminé la soirée au salon où nous avons fait un festin de salades et de fromages comme on aime. Jul s’est régalé au sein qu’il avait déjà trouvé depuis un bail. La fin d’une journée presque ordinaire !

 

Couchés vers 1 heure, nous avons bien dormi, Jul entre nous deux.

 

Au petit matin Mickey est allé chercher les enfants, avec leurs petits copains. Quel moment magique de les voir entrer dans la chambre en file indienne tous les 5, silencieux et admiratifs, posant leurs questions en chuchotant, embrassant Jul du bout des lèvres. Lola et Manuel fiers comme des aînés sont partis à l’école annoncer cette nouvelle extraordinaire à leurs maîtres maîtresses et amis.

 

Notre famille est complète. Accomplie.


 

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Published by Marietoune - dans Tounews
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commentaires

Julien 11/09/2012 11:45


Chouette témoignage. Bravo à vous 5. 

Angèle 12/10/2011 10:20



De voir ma bouille te tarde-t-il toujours ???


Je l"ai bloguée, ma bouille et toi comprendre ma banane ;)



snana 04/08/2011 09:24



Dans mon coin il n'y a pas de SF qui acceptent l'AAD après césarienne pour le 2ème bébé (mais le 3ème oui si le 2ème est une VB sans souci), sinon je l'aurais tenté. Mais mes SF sont en train de
décrocher un presque plateau technique dans un gros hôpital...alors bon...si je peux accoucher comme je veux avec mon homme, ma sage femme et qu'elle me protège...pourquoi pas...



MarieMickeyLolaManu 05/08/2011 01:17



On se protège soi-même... L'intérêt d'une SF connue est de ne pas tout recommencer à zéro alors que ce n'est pas le moment.



Séverine 27/07/2011 12:34



Mon dieu ! beaucoup d'émotion et de plaisir en te lisant Marie ! Je n'ai pas eu le plaisir de suivre ta dernière grossesse, mais ton récit en dit long... Quelle belle famille les Toune ! Bises à
vous cinq et beaucoup de bonheur



MarieMickeyLolaManu 02/08/2011 00:43



On attend impatiemment ce type de nouvelle de ta part ici...



mama quilla 18/07/2011 18:32



merci tout plein pour ce beau témoignage...


comme souvent en lisant les récits de maman, je pleure, d'émotion, de rage aussi...


Dieu que cela me manquera ! je crosi que c'est mon seule t unique regret dans la vie de ne pas avoir eu le courage d'accoucher à la maison !!!


bises et encore merci !



MarieMickeyLolaManu 02/08/2011 00:43







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